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Récit

ASCEND Xtreme Triathlon : récit de course

288, un numéro qui n’était peut-être pas là par hasard Avant même le départ, mon dossard portait déjà une symbolique particulière. Sur le plan spirituel, le 288 évoque l’alignement entre soi, les autres et son chemin de…

288, un numéro qui n’était peut-être pas là par hasard

Avant même le départ, mon dossard portait déjà une symbolique particulière.

Sur le plan spirituel, le 288 évoque l’alignement entre soi, les autres et son chemin de vie. Il parle de connexion, de confiance, de puissance intérieure, mais aussi de la fin d’un cycle et de l’ouverture vers la suite.

Comme une invitation à faire confiance au chemin, à avancer pleinement alignée avec qui je suis et à laisser derrière moi ce qui doit l’être.

Lorsque je repense à ce que je suis venue chercher et à ce que cette course m’a finalement permis de vivre, difficile de ne pas y voir un joli clin d’œil.

Bien plus qu'une aventure

Je pensais venir chercher une aventure, j’y ai peut-être aussi découvert une part de moi que je ne voyais pas encore.

Lorsque je me suis inscrite à l’ASCEND Xtreme Triathlon, mes raisons n’étaient sans doute pas tout à fait les bonnes. Mais au fil des mois, de la préparation et de mon propre cheminement, le sens donné à cette course a changé.

Je ne venais plus chercher un résultat ni prouver quoi que ce soit. Je venais vivre une aventure, profiter de chaque instant, de chaque seconde et poursuivre cette introspection commencée quelques semaines plus tôt.

Une seconde à la fois, un coup de bras à la fois, un coup de pédale à la fois, un pas à la fois.

Une natation difficile à vivre

Le matin du départ, je ne me sens pas particulièrement forte. Je suis fatiguée et j’ai l’impression de ne pas avoir de jambes. Les fortes chaleurs des deux jours précédents m’ont marquée et, intérieurement, quelque chose me dit que je ne suis peut-être pas dans un grand jour.

Mais je suis là, alors j’essaie de faire abstraction de ces sensations et de revenir à mon intention première : avancer et profiter de ce qui se présente.

Je me dirige vers la transition pour préparer mon vélo. Mes supporters ne peuvent pas rentrer, à l'inverse du Swissman, donc j'installe tout et colle les mots de mes neveux qu'ils m'avaient préparé quelques semaines avant pour qu'ils soient avec moi toute la durée de la course.

Dès le départ de la natation qui se fait de nuit dans le noir quasi total, les choses se compliquent. L’ambiance est digne d’un départ à Gérardmer : des coups, des nageurs qui me passent dessus, une cheville attrapée, des coups de coude, mes lunettes que je dois remettre plusieurs fois et même un coup dans la mâchoire.

Je m’énerve, je trouve ces comportements irrespectueux et très éloignés de l’esprit que je viens chercher dans un Xtreme Triathlon : l’humilité, l’entraide, la bienveillance et le respect entre les participants.

Mentalement, j’ai du mal à entrer dans ma course. Pendant un moment, une petite voix me souffle presque que cela n’en vaut pas la peine, je ne suis pas venue ici pour me battre contre les autres de cette manière.

Le deuxième tour se passe un peu mieux, même si les contacts restent nombreux. J’essaie de mettre certains coups sur le compte du manque de visibilité et de me remobiliser. Peu à peu, je reviens à moi et à ce que je suis venue vivre.

Je ne le découvrirai qu’ensuite, mais malgré mon ressenti, je réalise ma meilleure natation sur cette distance. Comme quoi, il existe parfois un fameux décalage entre ce que l’on ressent et ce que notre corps est réellement capable de produire.

Partir à vélo dans la nuit

À la sortie de l’eau, Marine et Younes m’attendent pour la première transition.

Marine est immédiatement très efficace, Younes a besoin de quelques instants pour entrer dans le rythme, car il ne connaît pas encore vraiment le fonctionnement d’un triathlon, mais il comprend très vite la mécanique de la journée. À partir de là, ils formeront tous les deux un support crew incroyablement coordonné.

Je quitte la transition rapidement, même si je râle encore un peu à propos de la natation et du comportement de certains concurrents, puis je monte sur le vélo.

Il fait encore nuit, mes lampes sont allumées et je traverse Lourdes au milieu des lumières des autres cyclistes. Je trouve ce moment assez magique, je suis enfin dans mon élément et je commence réellement à profiter.

Mes jambes ne me semblent toujours pas extraordinaires et la fatigue est présente, mais je décide de ne pas lutter contre ces sensations, tant pis, avance et profite.

La première difficulté, le col du Bidalet, se passe bien. Je dépasse une concurrente avec laquelle j’échange quelques mots, puis je continue ma route. Je retrouve Marine et Younes autour du 24e kilomètre et leur présence me fait déjà énormément de bien.

La bosse de Pouzac arrive ensuite, avec certains passages particulièrement raides. Pourtant, je me surprends à rire et à plaisanter avec les personnes présentes sur le bord de la route. La course commence à prendre une autre couleur, une autre atmosphère.

La troisième difficulté, vers le Château de Mauvezin, se déroule également sans problème. Je connais presque la route par cœur grâce au repérage, aussi bien la descente que la montée. Cela me rassure et me permet de gérer mon effort sans me poser trop de questions.

Progressivement, je sens malgré tout un mal de tête s’installer. Il fait chaud, l’air est humide et les sensations ne sont pas parfaites. J’essaie de ne pas laisser cette douleur prendre toute la place et je reviens au présent.

Le Port de Balès, long et interminable

Je retrouve mon support crew autour du 52e kilomètre. Je récupère ce dont j’ai besoin et je repars immédiatement. Marine et Younes semblent presque étonnés de me voir enchaîner aussi rapidement.

Lors du Swissman, l’année précédente, j’avais parfois pris beaucoup de temps aux arrêts. Cette fois, je veux continuer à avancer. Pas uniquement dans une recherche de performance, mais parce que rester dans le mouvement m’aide à rester connectée à moi-même et à ma course.

Direction le Port de Balès : 19km de col et une ascension qui se complexifie au fur et à mesure de son avancée.

Je croise encore Marine et Younes juste avant le début du col. Ensuite, c’est parti pour une montée longue, très longue… presque interminable.

Une participante, Anaïs, me dépasse et me lance : « Tu as de beaux mollets ! Des mollets de grimpeuse ! »

Cela me fait sourire. Je réalise ensuite qu’en dehors de la concurrente croisée au début du vélo, elle sera la seule femme que je verrai sur tout le parcours. Je suis constamment entourée d’hommes et cette impression est assez étrange.

Le col n’en finit pas, j’ai déjà mal au dos et l’impression de ne pas avancer. Pourtant, chaque fois que Marine et Younes me retrouvent, ils m’assurent que mon rythme est bon et que je suis solide.

Je ne regarde volontairement pas le chronomètre. Je suis uniquement le profil du col sur mon compteur afin de gérer mon effort. Je demande aussi à mon support crew de s’arrêter plus régulièrement car les voir me rassure.

Ils comprennent immédiatement ce besoin et adaptent leurs arrêts. Leur présence devient un véritable point d’ancrage dans cette longue montée.

En haut du Port de Balès, je ne m’attarde presque pas. J’enfile mon haut manches longues et mon coupe-vent, puis je plonge dans la descente.

La descente est devenue l’une de mes forces et j’en profite. Je dépasse de nombreux concurrents mais aussi quelques voitures. Je sais que Peyresourde arrive juste après et j’ai prévenu Marine et Younes : je retirerai mes vêtements en roulant et je les leur donnerai lorsqu’ils me rattraperont.

C’est exactement ce qui se passe. Je parviens à enlever mes couches en remontant, malgré les pourcentages parfois importants, puis je leur lance le tout lorsqu’ils arrivent à ma hauteur.

Cette organisation un peu improvisée fonctionne parfaitement.

Peyresourde, Louron-Azet et la pluie

Je me sens mieux dans Peyresourde, la montée reste exigeante, mais j’avance bien. Marine et Younes me disent même que je vais très vite. Les supporters encouragent tous les participants, sans distinction, et cette ambiance me fait beaucoup de bien après l’expérience pénible de la natation.

Au sommet, même stratégie : manches longues, coupe-vent et descente à toute vitesse. Quand mon support crew me rejoint dans le col suivant, je lui rends à nouveau mes vêtements en roulant, nous avons trouvé notre fonctionnement.

Marine et Younes se coordonnent pour gérer mes besoins, anticiper les changements de vêtements et préparer mes ravitaillements. Younes assure également une grande partie des relais au volant afin de rejoindre les différents points d’assistance dans les temps, tout en participant à la préparation du matériel, de la nutrition et des transitions. Marine et lui communiquent constamment pour que tout soit prêt à mon arrivée, même lorsque je les surprends en allant plus vite que prévu.

De mon côté, je gère mon effort et je leur indique précisément ce dont j’ai besoin.

Dans le col de Louron-Azet, quelques gouttes commencent à tomber. Cette fraîcheur me fait du bien. Je préviens mon équipe de préparer une veste et un maillot sec pour le sommet, car les conditions semblent se dégrader rapidement.

En arrivant en haut, une dame me crie que je suis quatrième femme... Je me décompose, littéralement.

Je ne voulais vraiment pas connaître mon classement. Ma démarche autour de cette course était justement de me détacher du résultat, de vivre cette aventure comme un pèlerinage personnel et de rester concentrée sur l’instant présent.

Marine comprend immédiatement ce qui se passe. Elle sait pourquoi je ne voulais rien savoir et trouve les mots nécessaires pour me remobiliser, je dois me reconcentrer la descente est costaude.

Je change de maillot, j’enfile ma veste et je remplace mes lampes, qui sont déchargées. Marine me propose des gants, un tour de cou et des manchons, mais je ne prends que le nécessaire, puis je repars.

La descente se déroule dans une véritable purée de pois. Malgré la visibilité limitée, je descends vite et dépasse encore plusieurs concurrents (que je reverrai le lendemain et qui me diront que c'était impressionnant la vitesse à laquelle j'allais au vu des conditions, ça faisait plaisir à attendre). Je sais qu’il y a ensuite une bifurcation où les voitures ne peuvent plus suivre le parcours. J'avais donc demandé à Marine et Younes de m’attendre dans la ville suivante s’ils ne parvenaient pas à me rattraper avant.

Lorsque je traverse la ville, je ne les vois pas. Je continue vers le col d’Aspin. Ils finissent par me reprendre un peu plus tard, surpris par ma vitesse dans la descente.

Il pleut désormais à verse, "il drache même" et il y a même des écoulements de boue dans les pentes. Ils me demandent comment je vais et je leur réponds en éclatant de rire : « Trop bien, je suis dans mon élément ! »

De la fraîcheur, de la pluie et des conditions belges : cela me fait un bien fou !

Les derniers kilomètres à vélo dans le col d'Aspin

Dans le col d’Aspin, je n’arrive presque plus à manger. Après autant d’heures de course, il n’y a souvent plus que le liquide qui passe. Mon alimentation se résume désormais à mon sirop de pêche, de l’eau et surtout du coca, qui deviendra mon meilleur ami jusqu’à l’arrivée.

Marine et Younes s’arrêtent plus fréquemment pour m’en donner et m’encourager. Je leur demande un arrêt à trois kilomètres, puis à deux kilomètres du sommet, leur présence et soutien m’aident énormément.

Malgré la difficulté, je reste majoritairement positive pendant toute la journée. Je ris, je plaisante avec les personnes croisées et je continue à profiter de ce qui m’entoure, même sous la pluie ou dans les moments plus inconfortables.

Les quatre derniers kilomètres sont vraiment difficiles. J’ai mal aux fesses, l’humidité n’arrange rien et je sens qu’il est temps d’en terminer avec cette partie vélo.

Je préviens mon équipe qu’une fois au sommet, elle doit rejoindre directement la deuxième transition située en bas de la descente. Je risque d’aller vite et le timing pourrait être serré.

Lorsque j’arrive à 1,5 kilomètre du sommet, leur voiture passe à peine le col Je comprends qu’ils auront peu de temps pour rejoindre la T2 et tout préparer, mais je me dis que ce n’est pas grave. Nous nous adapterons. Une fois en haut, je sais qu’il ne reste plus qu’à foncer.

Je plonge dans la descente et, lorsque j’arrive en bas, je les aperçois. Je leur demande où se trouve exactement la transition. Ils me lancent "ahhh t'es déjà là ?!!!"

Younes vient d’assurer le trajet jusqu’au point d’assistance et, avec Marine, ils commencent alors à courir avec tout mon matériel pour arriver avant moi.

Ils y parviennent de justesse.

La T2 ressemble à un véritable arrêt au stand de Formule 1. Je n’ai presque pas le temps de comprendre ce qu’il se passe. Younes retire mes chaussures et mes chaussettes. Marine m’aide à enlever mes vêtements mouillés et à enfiler les nouveaux. Elle installe mon dossard, nettoie mes lunettes, place une purée dans ma main gauche et un gel dans ma main droite.

Chacun sait ce qu’il doit faire. Leur coordination est impressionnante et me permet de repartir presque immédiatement. Marine me demande : « C’est bon ? Go ? »

Alors go !

Des jambes incroyablement solides

Je pars en courant avec énormément d’énergie.

Je retrouve rapidement Anaïs, la participante qui m’avait dépassée dans le Port de Balès. Je saurai plus tard que nous nous trouvions alors en deuxième et troisième positions et nous allons alterner plusieurs fois entre ces deux places au fil du trail.

Nous avançons ensemble avec un autre participant pendant les six premiers kilomètres.

Mes jambes répondent incroyablement bien. Je cours à un très bon rythme et je me sens solide. J’ai du mal à manger ma purée, mais j’essaie malgré tout d’en avaler un peu.

Juste avant le sixième kilomètre, Marine est là pour savoir ce dont j’aurai besoin. Nous nous coordonnons afin que tout soit prêt à mon arrivée au point d’assistance. Elle m’annonce que le parcours a été modifié en raison des conditions météorologiques devenues exécrables en altitude. Entre la pluie battante, la grêle, le brouillard, le froid et la visibilité extrêmement réduite, il n’est plus possible de maintenir l’arrivée initialement prévue au Pic du Midi dans des conditions suffisamment sûres. L’arrivée sera donc déplacée à La Mongie et le parcours de trail raccourci.

La nouvelle ne me perturbe pas. Je savais que cette possibilité existait et j’accepte la décision. Dans une épreuve de ce type, la montagne et la sécurité restent prioritaires et, vivant le moment présent, cela n'impacte pas ma course je continue juste à vivre chaque seconde, comme je le voulais.

Au 9e kilomètre, je demande mon gilet de trail, car je n’arrive pas à boire correctement dans la flasque placée dans ma ceinture lorsque je cours. Je récupère également mes bâtons.

Être venue repérer le parcours, qui avait été modifié, le mardi précédant la course m’avait permis de sentir qu’ils pourraient être utiles sur certains tronçons. Ce choix s’avérera particulièrement payant.

J’en profite aussi pour me brosser les dents, car cette sensation étrange dans la bouche après autant d’heures de nutrition commence sérieusement à me déranger.

L’autre concurrente repart devant moi, mais j’essaie de ne pas m’y accrocher.

Cette fois là, prise par la fatigue et l’intensité du moment, je serai désagréable avec Marine et Younes. Je m’en rends compte presque immédiatement, je m’excuse auprès d’eux et les remercie pour leur efficacité et tout ce qu’ils sont en train de faire pour moi, puis je repars vers le bois.

Je sors assez rapidement mes bâtons et je suis heureuse de les avoir pris. Ils m’aident réellement à maintenir un très bon rythme, je recroise à nouveau Anaïs et la dépasse dans les sentiers plus techniques et descentes.

Screenshot
Aucune pub pour quelconque soda... :-D

Rester dans ma propre course

À 12,5 kilomètres, je retrouve à nouveau mon support crew.

J’arrive d’une descente dans laquelle j’ai bien couru et je me sens toujours en forme. Je demande à quoi ressemble la suite du parcours niveau sentiers afin de décider si je garde mes bâtons mais je sais que c'est de la route et qu'il y a quelques bosses donc je décide de garder mes bâtons.

Un homme m’annonce alors que je suis deuxième. De nouveau, je me décompose, je ne veux pas savoir.

Marine le voit immédiatement et intervient pour me ramener à ma course. De mon côté, je me reconcentre sur mes sensations et sur ce que je suis en train de vivre et repense au fait de profiter de l'instant présent.

Entre le kilomètre 12,5 et le kilomètre 17, le parcours monte légèrement. Je sens que cela devient plus difficile, mais je continue à courir une grande partie du tronçon, même si mon allure ralentit. Là, une grosse bosse avant de rejoindre mon support crew m'oblige à marcher.

C'est là que Marine me rejoint, je lui demande un t-shirt sec et une veste pour la montée. Le coca est déjà prêt, elle l'avait anticipé. Ils en auraient même rigolé, Younes étant étonné que Marine mette du coca dans sa flasque et en lui aurait dit en le regardant "si si" et bien vu, j'en ai eu bien besoin! Quand la nutrition ne passe plus, c'est mon meilleur allié.

Au 17e km, c'est là qu'elle peut courir avec moi et que Younes nous donne ensuite rendez-vous au parking situé autour du 25e kilomètre. Il reprend le volant pour rejoindre le prochain point d’assistance et préparer ce dont nous pourrions avoir besoin, tandis que Marine poursuit le parcours à mes côtés.

Nous avançons à un très bon rythme. Dans les montées, je marche avec mes bâtons ; dans les descentes, je cours. Marine me dit qu’elle doit parfois se mettre à courir pour me rattraper parce que je vais vite, même en marchant. Elle me répète que je suis solide et me confie son admiration, ce n'est que positif.

L’entendre me fait du bien.

Vers le 23e kilomètre, je me retourne et j’aperçois Anaïs, la concurrente avec laquelle nous nous partageons les deuxième et troisième places (chose dont je n'étais pas certaine et dont je voulais me détacher). Elle remonte très rapidement, emmenée par son paceur qui lui impose un rythme impressionnant.

Je dis immédiatement à Marine : « Si elle me dépasse, je ne veux surtout pas que cela m’affecte ou que cela change quoi que ce soit à ma course. »

Elle respecte totalement ma demande et trouve encore une fois les bons mots. La concurrente me reprend, on s'encourage, on est bienveillante l'une envers l'autre et contente l'une pour l'autre. Je la laisse partir et je reste dans mon aventure.

Je ne suis pas venue poursuivre une place. Je suis venue vivre pleinement cette course.

Quelques instants plus tard, une grosse averse de grêle nous tombe dessus. J’éclate de rire : « Ah ben voilà, au moins on aura vraiment tout eu ! » Cette fois, contrairement au Swissman l’année précédente, nous en rions ensemble.

Une arrivée plus proche que prévu

Après une grosse descente, nous retrouvons Younes au parking. Il a rejoint le point de rendez-vous en voiture et a préparé ce dont nous pourrions avoir besoin. Je lui demande simplement un coupe-vent.

Il nous annonce qu’il resterait environ trois kilomètres jusqu’à la nouvelle arrivée, Marine et moi repartons.

Alors qu’il devrait encore rester environ 1,5 kilomètre, je réalise que nous sommes déjà à La Mongie. On nous annonce finalement que la ligne se trouve à seulement 500 mètres. Nous continuons à courir ensemble jusqu'à la ligne d'arrivée.

Je suis heureuse, Marine l’est aussi et j'entends Younes qui nous encourage en criant à l’arrivée.

Lorsque je franchis la ligne, l’organisateur m’accueille et m’annonce : « Tu es 47e au classement général, tu as donc droit à ton t-shirt de Black Finisher. » et il me remet ma médaille sur laquelle je mettrai symboliquement un petit badge prouvant ma réussite sur ce parcours.

Je regarde Marine et Younes, émue, puis une seule question me vient : « Cela veut dire que j’aurais eu le temps d’aller jusqu’au Pic du Midi ? »

Marine me répond : « Oh oui, tu étais vraiment large. »

Et là, je suis émue et je pleure un peu. Pas parce que je connais mon classement féminin, je ne le connais toujours pas officiellement, mais parce que je réalise soudain que j’ai été solide, vraiment solide.

Je prends Marine et Younes dans mes bras et nous profitons de ce moment.

Ce n’est que le lendemain, à travers les messages reçus, que je découvre officiellement ma troisième place féminine.

Une performance que je ne venais pas chercher

Cette troisième place n’était clairement pas un objectif, je ne pensais même pas en être capable.

Je crois que Marine le savait ou, au minimum, qu’elle le pressentait. En repensant au parcours, à la manière dont Marine et Younes m’ont encouragée et aux mots qu’ils ont choisis, je comprends qu’ils avaient probablement conscience de ce qui était en train de se passer.

Pourtant, ils ont respecté ma demande. Ils ne m’ont jamais volontairement parlé du classement, parce qu’ils savaient que je voulais profiter de l’instant présent, vivre mon aventure sans pression et rester fidèle au sens que j’avais choisi de lui donner.

Le classement dépend de tellement de facteurs, il ne définit ni qui je suis ni la valeur de ce que j’ai vécu.

Mais cette course m’oblige malgré tout à me poser une question : Est-ce que je me rends réellement compte que j’ai davantage de capacités que je ne le pense ?

Il me faudra peut-être encore du temps, et probablement un peu d’aide de mon entourage, pour accepter que oui, je peux être performante. Je ne suis toutefois pas uniquement une performance. J’existe dans ma façon d’être, de vivre les événements, d’avancer dans les moments difficiles et de partager ce que je traverse avec les personnes qui m’entourent.

Je crois avoir vécu la plus belle course que je pouvais vivre.

Malgré la fatigue ressentie du départ, une natation exécrable, des conditions météorologiques extrêmes, je suis restée positive pendant l’immense majorité de la journée. J’ai ri, échangé avec les personnes croisées et accueilli ce que la course et la montagne m’offraient, sans chercher à tout contrôler.

J’y ai trouvé ce que j’étais venue chercher : le moment présent, le partage, la bienveillance, le respect de mon cheminement par mes supporters, une introspection… et peut-être la preuve que j’étais bien plus solide que je ne l’imaginais.

Une aventure collective

Merci Marine et Younes, mon support crew, vous avez été incroyables.

Vous vous êtes adaptés à chacune de mes demandes et vous avez accepté de vous arrêter plus souvent lorsque j’avais besoin de vous voir. Vous avez géré mes vêtements, mes lampes, ma nutrition, mes transitions et mes émotions.

Vous avez su vous relayer au volant, réagir quand j'allais plus vite que prévu, anticipé certains besoins, avoir les mots justes quand il fallait et vous avez été d'un soutien inestimable.

Vous vous êtes parfaitement coordonnés pour que tout soit prêt à mon arrivée, souvent en seulement quelques secondes.

Je suis restée positive durant presque toute la course, mais il y a eu ce moment où la fatigue m’a rendue désagréable. Je m’en suis rendue compte immédiatement, je me suis excusée et je vous ai remerciés pour votre efficacité. Parce que même au cœur de l’effort, je savais parfaitement tout ce que vous étiez en train de faire pour moi.

Vous avez été rapides, rassurants, bienveillants et profondément présents, cette aventure est aussi la vôtre.

Et cette troisième place, je la dédie également à mon coach, Christof. Je t’en ai parfois voulu pendant cette préparation monstrueuse. Mais dans les derniers kilomètres du trail, je me suis aussi dit : « Christof a été très fort. Qu’est-ce que je suis heureuse de cette préparation. »

Tu as accompli un travail énorme et tu m’as préparée à être bien plus solide que je ne pensais pouvoir l’être. Bravo coach, et merci.

Tout ce que l’on ne voit pas

Une performance ou une aventure comme celle-ci ne se construit pas uniquement le jour de la course. Elle est aussi le résultat de tout ce qui a été mis en œuvre pendant des mois, souvent loin des regards : sortir s’entraîner lorsqu’on n’en a pas envie, affronter la pluie et le froid, se lever très tôt pour aller nager, chercher des piscines à travers la France ou la Belgique, au gré de mes déplacements ou encore choisir mes étapes en fonction des terrains dont j’avais besoin.

Il a fallu continuellement adapter les séances à l’endroit où je me trouvais, tout en poursuivant mon travail et en continuant à vivre ma vie. Tout n’a pas toujours été parfait, mais chaque choix et chaque adaptation ont contribué à me donner les moyens de vivre, le jour venu, la plus belle performance possible, et surtout, la plus belle aventure possible.

Maintenant, place à la récupération avant la suite des aventures.

It’s All About Yourself.

Et merci à toutes les personnes qui ont rendu cette aventure possible

Merci à ma famille et à toutes les personnes qui ont participé au repas de soutien, ainsi qu’à celles et ceux qui ont acheté un tour de cou pour m’aider à donner vie à ces aventures. Chaque geste, chaque présence et chaque encouragement ont compté.

Un immense merci également à mes sponsors et partenaires, qui ont encore fait très fort cette année. Votre confiance, votre soutien et votre aide concrète m’ont permis d’aborder cette préparation et cette course dans les meilleures conditions possibles. Vous avez pleinement contribué à cette aventure.

Merci Anne, pour ta présence et ton soutien si précieux à travers les différentes étapes de ma vie. Tu as été un véritable repère dans chacun de ces passages.

Merci à Maximilien Lapierrière pour son aide précieuse lors du repérage sur place 2 mois plus tôt, pour les déplacements, mais aussi pour toutes les photos et vidéos envoyées par la suite.

Merci à Manon Moyse d’avoir réglé mon vélo seulement deux semaines avant le départ, alors que certaines gênes commençaient à m’inquiéter.

Merci à mes neveux qui, avec leur mots et leur podium, avaient apparemment vu juste avant tout le monde 😅

Merci également à Jean-Baptiste et Constance pour leur capacité à me ramener à l’essentiel et à me faire profiter pleinement du moment présent.

Et enfin, merci à toutes celles et ceux qui, de près ou de loin, m’ont soutenue, encouragée ou ont simplement croisé mon chemin pendant cette préparation et cette aventure. Une course comme celle-ci ne se construit et ne se vit jamais complètement seule. Une part de chacune et chacun d’entre vous m’a accompagnée jusqu’à cette ligne d’arrivée.

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